Saint Symphorien peut-il être reservé aux VIP ?

Publié le par Olivier

Le Républicain Lorrain a publié aujourd'hui un dossier consacré aux salons VIP lors des événements sportifs. L'occasion pour moi de revenir sur la polémique entre les dirigeants messins, et notamment le président du club, Bernard Serin, et le principal groupe de supporters du FC Metz, la Génération Grenat. En refusant les places debout, Serin veut-il "tuer" les supporters?

Le FC Metz va bien. En tout cas au niveau des loges de Saint Symphorien, dont le taux de remplissage est de 100% pour cette saison. « Notre chiffre d’affaires est supérieur à celui de l’an dernier », se félicite Christian Martin, le directeur commercial du club. Les 26 loges rapportent environ 1 M€ au FC Metz, soit un peu moins de 10 % du chiffre d'affaires total. On peut également ajouter aux loges les business seats, ce qui montrent l'importance des VIP dans le budget d'un club.

De l'autre côté, les spectateurs Grand Public, de moins en moins nombreux au stade, permettent d'engrenger moins de la moitié du chiffre d'affaires billetterie total (37% des recettes de billetterie à Nancy). Dans les deux cas, toutefois, les coûts afférants ne sont pas négligeables : sécurité pour le grand public, personnels d'accueil et d'animation pour les VIP. Mais, on le voit, l'importance des loges et des business seats est importante pour un club comme Metz.

La polémique opposant le président Serin à la Génération Grenat ressemble, un peu, à cette "lutte des classes" qui semblent exister entre les VIP et les supporters. C'est, en tout cas, sur ce terrain-là que se place le groupe ultra messin. Le FC Metz a-t-il intérêt à vouloir réduire l'impact son poste "Grand public", au profit des VIP ?

 

Alors que la France est à la croisée des chemins sur cette question, trois championnats européens ont, semble-t-il, déjà choisi, plus ou moins involontairement.

Commençons par la série A. Longtemps le repère des groupes ultras, les stades italiens subissent, depuis quelques années, le contrecoup de cette politique : poussée de la violence dans et en dehors des stades, mise en places de mesure de sécurité draconiennes, baisse notable des affluences. Avec la candidature à l'Euro 2016, les clubs italiens ont voulu renové leur stade, ce qui aurait pu leur permettre de diversifier leur public vers les entreprises. Mais l'échec de nos voisins transalpins a fortement compromis cet objectif.

Au nord, en Angleterre, le prix des places, les mesures de sécurité issues du rapport Taylor et la rénovation des stade ont permis de modifier substantiellement le public des stades. Les VIP ont largement remplacé les supporters de la classe ouvrière anglaise, qui se réfugient dans les pubs. Résultat, les clubs engrangent des recettes de billetterie faramineuses! Jusqu'à l'année dernière, en tout cas. Les affluences se réduisent, notamment dans les plus petits clubs. Même Manchester United n'atteint pas ses objectifs de vente. La crise économique a poussé les entreprises à réduire les frais les moins essentiels, comme les locations de loges, par exemple.

L'Allemagne est le championnat "à la mode" actuellement : des buts, du spectacles, des stades pleins. Des stades qui accueillent aussi bien les patrons des grosses PME allemandes, que les supporters ouvriers. Grâce à une politique réfléchie, les clubs allemands arrivent à proposer des catégories de prix accessibles à tous. Ceci est possible grâce à une loi allemande autorisant la vente de place debout, jusqu'à 20 % de la capacité totale du stade. Et, même si les fortes affluences poussent certains clubs à vouloir modifier ce modèle, tout le monde semble aujourd'hui satisfait : l'Allemagne est le deuxième championnat européen en terme de chiffre d'affaires de billetterie, derrière l'Angleterre.

Le raisonnement peut sembler simpliste, mais il montre que la cohabitation VIP / supporters est possible.

 

Est-elle souhaitable?

L'exemple allemand semble indiquer que oui. Mais est-ce réellement le cas? Que viennent chercher les supporters dans un stade? Que viennent chercher les VIP?

Dans le premier cas, les motivations sont nombreuses et variées : supporter un club, voir un spectacle, ressentir des émotions, etc. Pour les VIP, Christian Martin expliquent qu'ils « peuvent faire du relationnel dans un cadre privilégié. »

Qu'appelle-t-on un "cadre privilégié" ? Au delà des prestations proposées aux VIP (repas, spectacles, animations, etc.), le "cadre priviligié" dépasse également la simple loge : il englobe le stade dans son ensemble! Le sentiment de privilège est-il le même lorsque l'affluence de Saint Symphorien plafonne à 6 300 spectateurs ou lorsque le stade est plein? Le "produit" FC Metz n'a-t-il pas plus de valeur lorsque les matchs se jouent à guichets fermés?

Le FC Metz, comme la plupart des clubs de football français, a choisi d'orienter sa politique billetterie vers les VIP, et uniquement vers les VIP. Toutefois, il me semble qu'en encourageant au remplissage de Saint Symphorien (sans que le coût marginal des spectateurs supplémentaires soit gigantesque), le FC Metz pourra renforcer la qualité de son offre VIP, et donc, augmenter ses recettes.
Quant aux supporters des deux groupes ultras, s'ils ne souhaitent pas "cohabiter" directement avec les VIP, la configuration du stade Saint Symphorien actuel et futur (à l'exception de l'Espace Moselle en tribune Est, même s'il n'est pas vraiment utilisé) doit permettre de séparer ces différents publics. Une segmentation forte du stade qui satisferait tout le monde, et enclencherait un cercle vertueux au niveau de la billetterie VIP (amélioration du cadre) et de la billetterie Grand Public (rapprochement du club avec ses supporters, amélioration de l'ambiance, etc.)

Et je n'évoque pas ici, sous peine de décourager mes lecteurs, des recettes de sponsoring et de merchandising, correlées à la billetterie Grand Public, ainsi que les droits TV.

 

Monsieur Serin, Saint Symphorien est bien assez grand pour accueillir tous les publics du FC Metz. Et se couper d'une catégorie des spectateurs risque, à moyen terme, de réduire toutes les autres. La réussite actuelle du club dans la commercialisation des loges doit permettre de renforcer (créer?) une démarche commerciale adaptée au Grand Public. Et si les groupes de supporters ne vous plaisent pas en l'état, je ne crois pas que le club et ses actionnaires puissent se permettre une politique "à la Leproux", mais des alternatives moins répressives existent. La survie sportive du club doit passer avant tout!

 

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Photos : FCMetz.com et Génération Grenat

Publié dans Analyses

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